Prévenir, inclure, protéger : bâtir une société plus résiliente grâce à l’assurance

29 juillet 2026

Dans cette nouvelle tribune, Nathalie Doré, Directrice impact et innovation de BNP Paribas Cardif partage son analyse du rôle des assureurs face à l’augmentation des vulnérabilités sociales.

À l’heure où les vulnérabilités augmentent dans un monde en polycrise, les assureurs, loin de se limiter à prendre en charge des sinistres, jouent un rôle pour accompagner l’ensemble de la société, notamment via des actions de prévention et d’inclusion. Ce rôle va être de plus en plus important au regard des enjeux sociétaux des 10 prochaines années à venir et notamment sur le volet social : vieillissement, vie en solo, nouvelles maladies humaines et animales, désinformation…

La responsabilité sociétale, au cœur du principe de mutualisation de l’assurance

Ces dernières années, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) s’est concentrée sur deux sujets :

  1. la bonne prise en compte des critères ESG (Environnementaux – Sociaux et de Gouvernance) dans les décisions de l’entreprise
  2. l’amplification de l’impact positif de l’entreprise.

Dans l’assurance, cette notion d’impact est dans notre ADN avec le principe de mutualisation. L’un des avantages de la mutualisation des risques est l’accessibilité. Sans mutualisation, les garanties proposées par les compagnies d’assurance seraient financièrement globalement moins accessibles. Grâce à la mutualisation, tous les assurés partagent les coûts, rendant ainsi les couvertures d’assurance plus abordables pour les populations les plus vulnérables.

La prévention: un rempart de protection supplémentaire face aux enjeux sociaux

Aujourd’hui, nous sommes beaucoup alertés sur l’augmentation des risques environnementaux et voyons émerger de nombreux plans de prévention des assureurs, à juste titre. Mais il est tout aussi crucial d’agir sur les risques sociaux car ils augmentent également et peuvent fragiliser durablement les individus et les communautés.

Les assureurs, via leurs dispositifs de prévention, jouent un rôle important. Prenons l’exemple de l’obésité, maladie chronique complexe. Nous avons atteint un niveau de pandémie à l’échelle mondiale, maintenant, malgré ce niveau inquiétant, selon l’Organisation Mondiale de la Santé ce phénomène peut encore être stoppé. Quand nous analysons le plan d’accélération de lutte contre l’obésité de l’OMS, une bonne partie de la solution réside dans des actions de prévention.

Des programmes de prévention de l’obésité existent et montrent d’ores et déjà leur efficacité, notamment sur les enfants car c’est un âge où se structurent les habitudes de vie et où l’influence conjointe de l’école et de la famille est forte.

Des données issues d’essais montrent que les interventions en milieu scolaire multi‑composants (activité physique, alimentation, éducation à la santé, implication parentale) sont particulièrement efficaces pour prévenir l’excès de poids dans cette tranche d’âge

Inclure les personnes les plus fragiles en comprenant bien les différents types de vulnérabilité

Cette capacité à accompagner les individus revêt une importance particulière auprès des publics les plus vulnérables. L’assurance inclusive consiste à rendre accessible, par un prix adapté et/ou des garanties spécifiques et/ou via un canal de distribution innovant, des produits et services d’assurance conçus pour des personnes en situation de vulnérabilité et destinés à les protéger efficacement.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la vulnérabilité d’un individu est définie comme les conditions déterminées par des facteurs ou processus physiques, sociaux, économiques et environnementaux qui augmentent la sensibilité d’un individu aux impacts des risques. Nous retrouvons habituellement trois grands types de vulnérabilité :

  • santé
  • Sociale
  • Economique

Pour ces populations en situation de fragilité, bénéficier de programmes de prévention peut représenter un rempart de protection.

L’enjeu est d’arriver à sensibiliser ces publics et de les accompagner au bon moment, au bon endroit. Pour reprendre le même exemple sur l’obésité, nous avons pu voir grâce à nos actions de prévention sur le terrain qu’agir auprès des enfants, dans les écoles, contribue à déclencher le plus de changements positifs d’habitudes de vie quotidienne.

Le rôle de l’assureur est alors de maximiser cette inclusivité dans un environnement complexe en proposant des contrats qui permettent aux assurés de mener les projets de vie qu’ils souhaitent.

Cette logique suppose : un accès croissant à la donnée et un usage responsable de ces données pour éviter une hyperpersonnalisation quand celle-ci pourrait fragiliser la mutualisation

Ces dernières années, la profession a accompli des avancées significatives pour développer des produits plus inclusifs, notamment sur le volet de l’assurance emprunteur. Les personnes présentant des risques aggravés de santé maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, VIH, certains cancers accèdent aujourd’hui à des couvertures qui leur étaient auparavant refusées ou fortement limitées.

Cette évolution s’appuie sur les progrès de la médecine et de l’écosystème santé dans son ensemble : une meilleure connaissance des pathologies, de leur évolution et de leur prise en charge permet aux assureurs d’affiner leur appréciation du risque et d’élargir le champ de l’assurabilité.

La convention Aeras ( France) a bien sûr joué un rôle moteur en repoussant les limites de l’accès à l’assurance pour ces publics. Mais la dynamique ne s’arrête pas là : de nombreux acteurs vont désormais au-delà des seuils imposés, portés par une démarche vertueuse au service des assurés.

Dans un modèle de distribution intermédiée cet objectif d’inclusion se construit aussi avec les partenaires distributeurs, en intégrant des garanties et des services qui renforcent l’effectivité de la protection pour le client final mais aussi l’efficacité de la distribution en limitant les refus ou surprimes.

Des dispositifs complémentaires comme les fonds d’actions sociales permettent également des prises en charge exceptionnelles pour les populations les plus vulnérables. Si chaque acteur contribue, ces actions, modestes à l’échelle d’une seule entreprise, peuvent avoir un effet positif sur la société.

Augmenter la transparence des offres

L’inclusion sociale constitue un enjeu central car elle conditionne l’accès à des projets de vie et contribue à la stabilité économique et sociale dans un contexte macro-économique incertain et instable.

Nathalie Doré
Directrice impact et innovation de BNP Paribas Cardif

La compréhension des enjeux de société et la modélisation des nouveaux risques associés à ces enjeux permet aux assureurs de se poser les bonnes questions : a-t-on aujourd’hui les bons produits pour y répondre ? Et si non, comment les adapter, par exemple pour les personnes en situation de fragilité financière ou qui font face à des risques aggravés de santé ?

Pour maximiser l’impact social de l’assurance, il faut également communiquer de manière claire et accessible auprès des assurés. Les études le montrent : il existe un besoin fort de pédagogie et de transparence sur les garanties et les conditions de couverture. Les nouveaux assistants d’intelligence artificielle peuvent amener une aide pédagogique pour comprendre des produits d’assurance et des couvertures sous réserve toutefois de:

  • L’absence de biais
  • La bonne exactitude des réponses
  • La bonne protection des données personnelles

Faire évoluer l’ensemble du marché

Banque de données BNP Paribas – Eric Chastang

Continuer à faire progresser l’ensemble du marché implique d’agir sur plusieurs leviers complémentaires :

  1. En améliorant la lisibilité des offres.
  2. En développant la prévention.
  3. En partageant des définitions et des standards de place.

Cette dynamique peut également s’appuyer sur une transparence accrue au niveau du marché, par exemple en communiquant plus systématiquement sur les taux d’acceptation afin de rendre visibles les progrès et d’encourager des pratiques toujours plus inclusives.

C’est dans cette capacité à élargir la couverture et à renforcer l’effectivité de la protection que l’assurance consolidera durablement son rôle social.